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d'histoires
William
Belorgey, qui pratique le métier de personnage,
attend que le Théâtre des Salins à
Martigues (Bouches-du-Rhône) soit fini d'être
construit dans l'espoir qu'un jour peut-être un acteur
y vienne pour l'incarner.
William Belorgey. -
Alors bon! tout de même pour revenir au sujet qui me
préoccupe essentiellement, au sens de l'essence des
choses c'est-à-dire en fait la vision, comment
dirais-je, programmatique de ce qui va arriver, sans jouer
au jeu pervers de la divination mais tout en calculant
à tête reposée les tenants et
aboutissants de, tout simplement, la logique coulante, oui
tout simplement coulante, comme dans l'expression ça
coule de source, hein!
Ça coule
d'où?
Ben! oui, de
source...! Ça coule pas du delta! Comme en
mathématiques, on prend deux chiffres, on les ajoute,
ça en fait un troisième et ainsi de suite, il
faut donc se rendre compte que sur l'endroit appelé
à être, disons, dominant question regard des
ausculteurs et de leur petite famille, eh bien
jusqu'à présent il n'y a pas grand-chose parce
que deux semelles qui pendent par le haut et le sommet d'une
harpe et un demi-homme tronc de dos qui agite une baguette
par le bas, ça ne fait pas, comment dire, oui
ça ne fait pas... une saga, hein! Non! On peut pas
dire que c'est une saga, c'est pas une saga! Ben! oui mais
ça peut être l'amorce d'une saga! Mais c'est
pas la saga elle-même! Même la couleur brune et
astiquée des lattes du parquet, même si
ça évoque une sorte d'appel de la forêt
détruite, pour moi ça fait ça, quand
bien même à la grande rigueur l'odeur de la
cire parviendrait-elle aux neurones
spécialisés dans l'olfactif, ma foi ça
ne donne que quelque chose qui pourrait s'appeler par
exemple mais c'est simplement un exemple n'est-ce
pas:
Saga de la
forêt détruite!
Et si il n'y a
personne sur la scène bien sûr, par
déduction imparable, bon, je ne vais pas encore
m'emmêler les liasses, mais c'est bien, on l'aura
compris, parce que ces gens, ces gens qui devraient
être là et qui n'y sont pas, et c'est ce qui me
rend fou, eh bien ils sont ailleurs.
Alors on cherche, on
cherche, on dévale les escaliers du bâtiment,
on pousse des portes, les poignées vous restent dans
les mains, on monte, on descend, bon sang là tout de
même, on est en train de s'apercevoir que quelque
chose ne va pas, eh bien, la vérité c'est
qu'ils ont dans leurs plans, leurs calques et compagnie,
oublié, mais oui tu me la copieras, oublié, il
n'y a pas d'autres mots, de construire, jouxtant
l'édifice, des loges pour les acteurs.
Alors branle-bas de
combat! il y a quand même un certain ordre à
respecter dans cette organisation. On va dire que je me
mêle de ce qui ne me regarde pas mais vous les voyez
où, vous, les loges des acteurs?
Parce que non
seulement il faut des acteurs mais il faut un endroit pour
les mettre, enfin pour qu'ils soient!
Car un acteur doit
être!
Et donc il lui faut un
endroit pour qu'il y soit!
En
général on le prévoit à
l'avance! On ne leur dit pas: «Vous n'avez qu'à
vous mettre là!»
En catastrophe,
à la dernière minute!
Alors bon! non,
vraiment, quoi?
Ce cagibi? Ah, donc?
Comment?
On voit bien que les
gens ne sont pas au courant!
Ça là!
Sur le plan, le calque c'est ça? Trois mètres
sur deux?
Avec une glace? oui,
un miroir?
Et alors? Parce que
vous pensez que ça double la surface de mettre un
grand miroir?
Ils me regardent, mais
ils me regardent!
On n'habite pas dans
les miroirs!
©
Serge Valletti
Date
de création de cette pièce