DOMAINE VENTRE
Dans le Domaine
Ventre : la rue, des portes, des fenêtres, des
vasistas, plusieurs niveaux, des escaliers, des pentes, des
ouvertures qui donnent sur le lointain, des jardins dont les
arbres dépassent au-dessus de murs couverts de
tessons de bouteilles. Un soleil, du goudron qui fond. De la
pierraille.
PLATON,accompagné d'Olive,
à Alphonse qui passe.
- Pardon, excusez-moi,
s'il vous plaît, sans vous déranger, la villa
de Monsieur Despick?
ALPHONSE.
- Celui qui travaille
pour les buanderies?
PLATON
- Non, je ne crois
pas.
ALPHONSE
- Parce qu'il y en a
qu'un de Monsieur Desplick, c'est celui qui travaille pour
les buanderies.
PLATON
- Ma foi, Despick, on
m'a dit Despick.
ALPHONSE
- Y en a qu'un, c'est
celui qui travaille pour les buanderies, d'abord, c'est
Desplick, pas Despick.
PLATON regardant un papier qu'il emprunte
à Olive
- Sur mon papier, il y
a marqué Despick.
ALPHONSE
prenant dans ses
mains le papier
- Ça doit
être une erreur, parce qu'il y en a qu'un c'est celui
qui travaille pour les buanderies... Desplick.
PLATON
- Ma foi, ils m'ont
dit d'aller là.
ALPHONSE
- Vous êtes
aussi dans les buanderies?
PLATON
- Non, c'est pour
ça que je ne comprends pas bien.
ALPHONSE
rendant le papier
à Olive
- Desplick y en a
qu'un.
PLATON
- Elle est où
sa villa?
ALPHONSE
- Oh ! ça fait
au moins trois mois qu'il a déménagé,
il s'occupait des buanderies... de l'Avenue
Rocheveau.
OLIVE pour lui-même en inspectant
le papier
- Ma foi!
ALPHONSE
- Vous êtes
sûr que c'est Desplick?
PLATON
- Non, sur le papier,
ils ont marqué Despick, Villa des Masses, Avenue de
la Chauve. C'est bien là!
ALPHONSE
- Bien
sûr.
PLATON
- C'est pour ça
que je ne comprends pas. Ils ont dû se
tromper.
ALPHONSE
- C'était
pourquoi?
PLATON
- C'est confidentiel,
ils m'ont dit... là... Despick, et puis c'est
bon.
ALPHONSE
- Huifff.
PLATON
- Mais c'est ce que je
me suis dit.
ALPHONSE
- Parce que l'Avenue
de la Chauve, c'est bien là, Villa des Masses, c'est
celle-ci!
PLATON
- Avec le...
façon pierre de taille.
ALPHONSE
- Oui.
PLATON
- C'est pas là
alors? Je vais jamais m'en sortir.
ALPHONSE
- Vous devriez
demander à quelqu'un d'autre. A la femme qui passe
là!
PLATON
- Avec le
foulard?
ALPHONSE
- Oui.
OLIVE
- Merde.
PLATON
- Pardon Madame,
Monsieur Despick... ou Desplick?
FOULARDE
en fait il s'agit
de Niku, l'assistant d'Alphonse, qui est
déguisé en femme
- Celui qui
travaillait à la buanderie? Il est parti, il y a
trois mois au moins, il a pas payé ce qu'il devait
payer, c'est pour ça que si vous le cherchez...
(Riant ) Vous êtes pas le
premier!
OLIVE à Foularde
- Desplick!
ALPHONSE
à
Foularde
- Moi aussi il m'a
demandé, je lui ai dit la même
chose.
PLATON
- Villa des
Masses.
ALPHONSE
- C'est
là.
OLIVE
- Putain! y a pas un
chat.
ALPHONSE
à Platon et
Olive
- Comment vous allez
vous débrouiller?
FOULARDE
- Vous travaillez
aussi à la buanderie? Pauvres types.
ALPHONSE
à
Foularde
- C'est ce que je lui
ai dit : pauvre type.
FOULARDE
à Platon et
Olive
- Vous êtes pas
sortis de l'auberge.
OLIVE en marmonnant pour
lui-même
- Dans un coin
pareil.
FOULARDE
de loin, à
Melki qui observait de loin la scène de
derrière un mur
- Hé! Monsieur,
s'il vous plaît! C'est parce que le Monsieur... il
cherche Monsieur Desplick.
MELKI s'approchant
- Et alors?
FOULARDE
- Vous ne sauriez
pas?
MELKI
- Desplick... de la
buanderie?
FOULARDE
- Je le
pense.
PLATON à Melki
- C'est parce qu'on
m'a dit de m'adresser Villa des Masses.
OLIVE
- Avenue de la
Chauve.
MELKI prenant un air
entendu
- Il aurait
déménagé.
ALPHONSE
- C'est ce que je lui
ai dit.
FOULARDE
- Il y a des
chances.
MELKI à Platon
- Vous devriez vous
adresser à côté.
PLATON
- J'en
viens.
MELKI
- Et qu'est-ce qu'ils
vous ont dit?
OLIVE
- Villa des
Masses.
MELKI
- C'est bien
ça.
FOULARDE
s'éloignant
très lentement
- Bon... moi... je
rentre...
PLATON regardant encore sur le
papier
- Avenue de la
Chauve.
OLIVE
- C'est
sûr.
PLATON à Olive
- Tu vois, c'est
toujours la même chose.
OLIVE à Platon
- Je t'avais dit de
pas lui prêter de l'argent.
MELKI
- C'est sûr que
si vous lui avez prêté de l'argent. Il a fait
la malle et c'est pas plus compliqué.
PLATON
- Comment on pouvait
savoir?
OLIVE
- Avec la tête
qu'il avait.
MELKI
- Vous êtes
aussi dans la buanderie?
PLATON
- Un peu.
MELKI
- Je vois.
PLATON tournant le papier dans sa
main
- Despick... ou
Desplick!
ALPHONSE
- Desplick. Celui de
la buanderie c'est Desplick avec un
«l».
MELKI en regardant Foularde qui continue
à s'éloigner
- Avec un
«elle».
PLATON
- Il fait
chaud.
OLIVE
- Et ça ne
risque pas de s'arranger.
MELKI
- Vous n'avez
qu'à demander au cafetier.
PLATON
- On en
vient.
MELKI
- Là, vous
êtes coincés.
©Théâtre des Treize Vents
- 1992
ISBN
2-909014-03-7
Date
de création et distribution de cette
pièce