Papa
Dans un asile
de fous, Papa a décidé de prendre le
pouvoir.
LE FOU(entrant) . - Ah, c'est vous? Je vous
reconnais! Je vous ai vu, dans les photos, les magazines, je
me disais, c'est pas vrai, qu'est-ce que vous vous
ressemblez! Vous connaissez l'histoire du type qui faisait
toujours ce qu'il voulait? Non?
PAPA. -
Non.
LE FOU. - Eh bien
à la fin, il voulait mourir, eh bien, il est mort!
C'est comme ça, il a fait ce qu'il a voulu. Ce que...
oui! vous êtes gros, et laid, qu'est-ce que vous
êtes laid!
BILLON. - Dis, tu
permets, faut pas parler comme ça, il est fou
lui.
LE FOU. - Oui, c'est
ça je suis fou. Je cherchais depuis tout à
l'heure, je me demandais ce que j'étais, il y a un
type qui passe à côté de moi, il me dit
: «Mais il est fou lui...!» Alors du coup, j'ai
décidé, sur le champs, in petto, de devenir
fou, et j'y suis arrivé, regardez, d'ailleurs, j'ai
pas une tête de fou?
PAPA. - Tu
débarrasses le plancher... Qu'est-ce qu'il vient
foutre au milieu? Pas besoin de ses histoires
moi.
LE FOU. - Vous avez
tort. Faut toujours avoir un fou à côté
de vous. Vous le savez pas? Sinon, comment vous allez faire?
Puisque vous êtes un peu chef maintenant, c'est ce
qu'on dit, dans la coterie. Alors je me suis dit, en
moi-même, voilà un type valable, il est tout
seul, mal conseillé, par ses filles, qui sont des
sal... eh! hop!, puisqu'il le dit lui même. Va avoir
besoin d'un fou, c'est couru, alors me
voilà.
PAPA. - Voyez pas que
vous me dérangez? J'étais en train de faire ma
cour.
LE FOU. - Vous
comprenez rien à rien... ah! ah! ah! à rien!
Ça vous fait pas rire? Vous avez sûrement
besoin de moi. Il paraît que vous faites des disques?
On pourrait faire des choses ensemble. Je vous explique
pourquoi vous avez besoin d'un fou, parce que comme
ça, je vous dis, les choses qu'il faut faire, et puis
vous, vous n'avez qu'à faire le contraire pour avoir
raison, puisque je suis fou. C'est pas sensé comme
truc? C'est pour ça que je suis utile. Vous suivez le
raisonnement du type qui est fou?
PAPA. - Tu sais que tu
me fais rire, toi?
LE FOU. - Eh! oui mais
c'est ça, les fous ça fait rire. Mettons, je
te dirais : - «Il faudrait que tu grossisses un peu,
gros bouffi, gros porcinet!» Tac, vous, vous
réfléchissez et puis, mon pote, ni une ni
deux, ah! ah! ah! n'hideux! Je me marre! Tu te dis, en
suivant le raisonnement, ben, il faudrait que je maigrisse
pour faire le contraire de ce qu'a dit le fou, tu saisis
bouffi? Et alors tu es sûr d'avoir raison, c'est le
système par a plus b, pas compliqué! Tout le
monde devrait avoir un fou. Une moitié du genre
humain sensée, l'autre folle. Vous, vous seriez le
sensé et moi, le compère étrange, le
noir qui dit tout de travers, à nous deux, le monde
est à nos pieds, et vos filles dans mon lit, parce
que comme «petutes» elles se posent un peu
là, en plus j'ai plein d'amis qui sont
médecins, ils vous soigneraient votre tendance
à toujours renifler, vous savez d'où ça
vient ça?
PAPA. - Non c'est
depuis tout petit, je renifle, je renifle, même ma
mère comprenait pas pourquoi.
LE FOU. - Eh ben!
ça veut peut-être dire que ça sent le
roussi. Alors le docteur il fout le feu à la maison,
du coup, tout le monde renifle, et du coup, c'est le
système, vous êtes plus anormal, à
renifler tout seul, puisque tout le monde renifle...
L'astuce, qu'elle est belle l'astuce! Il comprend pas,
bourricot?
PAPA. - Tu me traites
pas de bourricot!
LE FOU. - Mais non,
puisque c'est l'inverse, abruti! Il comprend rien. Tu la
veux cette mandale?
PAPA. - Tu sais que tu
me fais rire toi.
LE FOU. - Eh! je sais,
eh! je sais. Vous connaissez l'histoire de la machine qui
voulait pas reculer? Oh! putain, elle est bonne,
c'était pas une machine, c'était un âne.
Les ânes ça marche à l'envers, parce que
ça a une tête de cul, c'est connu...! Elle est
bonne! Vous trouvez pas? Tête de cul : marche à
l'envers! Vous riez pas, là? Pourtant, c'est une de
mes préférées. Alors c'est quoi les
disques que vous faites? Il y a des musiques, quel genre?
Mettons, je pourrais être conseiller, il suffit que
vous demandiez.
PAPA. - Vous
êtes du genre à vous incruster, comme mes
filles vous, ma parole! Quel bagout il a ce
tordu!
LE FOU. - Et la
tronche de saindoux, là? Votre adjoint, il est
adjoint de quoi? Il commence par me dire : «Je suis
l'adjoint...» Et tu l'as vu celle-là? Il
était en train de tenir sa bistouriquette dans les
mains, soi-disant en train de pisser, tu parles! Regardait
des photos pornos dans les chiottes... Et vas-y...! Presque
je rentre cinq secondes après, je me retrouve blanchi
comme les Saints-Pères et après c'est les
autres qui disent que je suis fou!
PAPA. - Qu'est-ce
qu'il regardait quoi?
LE FOU. - Les photos
de votre femme à poil.
PAPA. - C'est pas
vrai! Monsieur Billon!
LE FOU. - Tiens! il
fait une trombine l'adjoint! Oui, de votre femme à
poil, c'est pas de la folie, là? Pour une fois que je
dis la vérité.
BILLON. - Il est
barge, c'est pas vrai. C'était pas votre
femme.
LE FOU. - Mais
c'était à poil! Et quoi c'était,
peut-être? Un magazine sur la vie des loutres? Tu me
prends pour quoi? Saleté!
PAPA. - Oh! mais
ça va pas ça! Dis, je te paye pour quoi? Tu es
adjoint, c'est pas pour te branler sur les
chiottes.
LE FOU. - Il se
branlait, c'est ça, je cherchais le mot, il se
branlait, dans les chiottes, l'adjoint... comme le pauvre
Scalbert.
PAPA. - Qui est-ce qui
te parle de ça toi? Comment tu le sais?
LE FOU. - Mais tous
les fous le savent! Ils savent tout, les fous. Puisqu'ils
ont qu'à dire, l'inverse, tiens! il se tire l'adjoint
Billon... l'a compris sa douleur! Va! Et le cousin des
Scalbert, il va mal... Vous savez ça, qu'il va mal?
L'est malade, a attrapé une broncho-hépatite,
ça pardonne pas! Je me demande ce qui lui a
refilé ça, peut-être qu'avec son
héritage, vous allez pouvoir faire encore des
disques? Qui sait? Puisque vous avez hérité de
son cousin, moi je trouverais normal que vous
héritassiez de lui, sinon ce serait pas normal!
Non?
PAPA. - Faut pas
exagérer!
LE FOU. - Eh! oui,
mais vous vous arrêtez en si bon chemin! Et pourquoi
pas hériter de tous le monde en tant que père
de la patrie? Faire remplir des testaments comme des
circulaires. C'est une idée, ça! Y aurait
qu'à signer en bas, et vous hériteriez de tout
le monde. Vous auriez qu'à obliger les gens à
signer et ça serait simple, une bonne combine, il
suffirait de donner dix pour cent aux docteurs, en
général, c'est des corrompus les docteur,
tous, sans exception, je le sais, parce que chez moi, ils
mettent des blouses blanches pour se reconnaître,
c'est obligatoire, sinon ils se reconnaissent pas. Et avec
quoi ils achètent leurs blouses blanches? Eh bien!
avec l'argent qu'ils piquent aux pauvres fous comme
nous!
PAPA. - Parle pour
toi, andouille!
LE FOU. - Mais je
parle pour moi. Qu'est-ce que vous croyez que je fais? Nous,
c'est moi, puisque je suis fou! J'ai bien le droit de
m'appeler nous, entre fou et nous y a peu de
différence. Entre fous! On se comprend, hein? Blouses
blanches, salopards! Dix pour cent pour m'arracher les
couilles, feraient signer toute la colonie pour
hériter, de toute façon à vivre dans un
asile, autant sortir les pieds devant encore jeune, que si
jamais la résurrection existe, au moins, on passera
l'éternité en jeune homme et pas en vieillard!
C'est ça que les gens peuvent pas comprendre. C'est
l'avantage de mourir jeune quand on est fou!
©
Serge Valletti et Comp'Act