«Comme il veut!»

 

On a engagé Arsène et ses amis afin qu'ils se déguisent pour faire les faux chevaux. Ils tentent dans le chantier en ruines d'exécuter une parade pour préfigurer le futur hippodrome, clou de la foireuse opération de réhabilitation immobilière

 

Arsène et Gaby déguisés en un seul cheval, Gaby pour la tête et Arsène pour le cul avancent à tâtons

ARSENE. - Où ils sont passés, encore?

GABY. - Ben ils ont tourné là, et après, pfuitÉ

ARSENE. - Je sens que dans pas longtemps c'est moi qui vais faire la tête.

GABY. - Ils ont tourné au coin, juste

MARC cornaquant Arsène et Gaby . -Ben alors vous venez?

GABY. - Ah! ben voilà ils sont là! Pourtant j'aurais juré qu'ils avaient tourné là!

ARSENE. - Ça suffit maintenant, donne-moi la tête...

GABY. - Eh oui mais non là oh!

ARSENE. - Donne moi-la tête je te dis... Tu es incapable de quoi que ce soit.

GABY. - Ça devait finir comme ça. Pour une fois que j'étais devant, mince...

ARSENE échangeant sa place avec Gaby. - Eh voilà, là on y voit déjà mieux...

GABY. - Où vous êtes?

FRANK, BERNARD de loin. - Ici.

GABY. - Ils ont tourné là?

ARSENE. - J'y vois rien avec ces oreilles.

GABY. - Qu'est-ce que je disais!

ARSENE.- Eh! pousse pas.

GABY. - Ah! voilà, c'est pas simple alors... Chacun son tour.

ARSENE. - Attendez-nous aussi!

FRANK, BERNARD. - On va finir par être en retard.

ARSENE. - Putain ils le font exprès d'aller vite.

GABY. - Va falloir hennir aussi?

ARSENE. - Eh non ça va pas! Et puis quoi encore.

GABY à Marc. - Dites il va falloir hennir aussi?

MARC. - Ils ne l'ont jamais demandé.

GABY. - Eh bien tant mieux.

MARC. - De toute façon c'est pas difficile...

GABY. - Je me marre déjà...

MARC. - Y a pas plus simple à imiter que le hennissement.

 

(A force d'avancer ils tombent nez à nez avec un homme: un des spectateurs)

ARSENE. - Vous allez rester au milieu tout le temps?

LE SPECTATEUR. - Pourquoi? il faut pas?

ARSENE. - C'est pas qu'il ne faut pas, mais là, vous voyez, si vous restez là on ne peut pas passer.

LE SPECTATEUR. - Vous n'avez qu'à faire le tour.

ARSENE. - Et puis quoi encore? je vais me gêner.

LE SPECTATEUR. - Jusque là pour le moment, je vous demande pardon, mais je n'y comprends absolument rien.

ARSENE. - Vous ne voulez pas dégager?

LE SPECTATEUR. - Ah! si, ah si! bien sûr, c'est ce que je vais faire...

ARSENE. - Il m'empêche de passer...

LE SPECTATEUR. - Non mais pour partir, je vais partir, c'est la meilleure... Ça commence qu'on y comprend rien. Des types qui font les ânes... C'est facile, moi aussi à ce compte...

ARSENE. - Vous voulez prendre notre place?

LE SPECTATEUR. - Il ne manquerait plus que ça.

ARSENE. - Quelle tronche! non mais quelle tronche!

LE SPECTATEUR. - Je viens, je prends ma place, je paye, parce que moi j'ai payé. Et qu'est-ce qu'on me montre? Des types qui font les ânes...

ARSENE. - Des chevaux, des chevaux...

LE SPECTATEUR. - Avec des oreilles pareilles, ce sont des ânes, on ne me la fait pas.

ARSENE. - En tout cas vous nous empêchez de passer, là... à cet instant... pour le moment...! Je me fais comprendre?

LE SPECTATEUR. - Absolus abrutis...!

ARSENE. - Vous retirez ce que vous venez de dire, ou alors vous vous prenez un coup de sabot dans le nez que vous m'en direz des nouvelles...

LE SPECTATEUR à Arsène. - Et vous, vous êtes le meneur, je vous connais. Ça va chauffer, je vous le dis.

ARSENE. - Tiens prends ça, canaque!

GABY. - Doucement Arsène!

FRANK, BERNARD. - Ah! non merde, vous allez tout faire foirer là.

GABY. - Je peux plus le tenir.

ARSENE. - Ça lui apprendra...

GABY tirant Arsène en arrière. - Viens donc... Normalement je fais la tête, et là je suis obligé de faire le cul ça ne va pas...

ARSENE. - Je l'assomme moi.

MARC à Gaby. - Habituellement on a pas le droit de frapper les spectateurs.

GABY à Marc. - C'est ce que j'essaie de lui dire.

ARSENE. - Je vais lui faire avaler son omoplate...

GABY. - Arsène je t'en prie...

ARSENE. - Il va la bouffer mon oreille, le lascar!

GABY à Frank et Bernard. - Vous voulez pas m'aider, vous? Au lieu de rester les jarrets ballants.

FRANK, BERNARD. - C'est qu'ils sont nombreux...

ARSENE frappant le spectateur. - Eh tiens, ameuteur...!

GABY, MARC. - Arsène... s'il vous plaît...

ARSENE au spectateur allongé par terre. - Vous avez de la chance qu'on me tire par le dos.

GABY. - C'est moi qui te tire, allez viens...

ARSENE à Gaby à propos du spectateur. - Il a failli tout faire rater...

GABY. - C'est toi plutôt...

ARSENE. - A nous empêcher de passer par là...

GABY. - Eh viens...!

ARSENE. - Qu'est-ce qu'on avait fait de mal? On voulait simplement passer.

GABY. - Eh bien la prochaine fois, on me la copiera.

ARSENE. - Et il relève la tête, non mais...!

GABY, MARC. - Arsène...

ARSENE. - Camelote, c'est de la camelote ce type...

GABY à propos du public. - Et les autres qui regardent...

MARC. - S'ils bougent on n'est fait...

ARSENE. - Ils ne bougeront pas...

MARC. - Vous avez l'air bien sûr de vous.

ARSENE. - Mais bien sûr, ils veulent savoir la suite...

LE SPECTATEUR. - Je me vengerai, je vous le dis...

ARSENE. - C'est ça...

GABY au spectateur. - Partez, sinon il va recommencer...

ARSENE. - Tu veux que je t'attrape... Viens ici un peu...

LE SPECTATEUR. - Ah non...!

ARSENE. - Tu as vu s'ils courent les chevaux...

LE SPECTATEUR. - Parce que vous êtes plusieurs...

ARSENE. - Eh! oui mon pote...

GABY. - Il le déchiquète...

ARSENE. - Non mais ces manières d'aller et venir en pleine représentation...

LE SPECTATEUR. - Parce que vous aviez commencé? Mais je ne le savais pas...

ARSENE. - Fais le malin, tiens, c'était le début! Il ne s'est même pas rendu compte que c'était le début, non mais, si c'est possible d'entendre des choses pareilles?

 

.../...

© Serge Valletti

 

Date de création et distribution de cette pièce

 

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