Mary's à minuit

 

 

Alors Jean-Louis Maclaren, le jour où il m'avait accompagnée chez le docteur, il klaxonnait parce qu'il avait une course à faire, il dit toujours qu'il a des courses, mais en fait il va chez sa vieille, je le sais, c'est ça qu'il appelle faire des courses, il va tirer un coup et puis il revient. T'as pas besoin d'une voiture de course pour celles-là, je lui crie quand il démarre à fond. Ça fait deux jours que je ne l'ai pas vu. Je lui ai écrit une lettre mais je ne la posterai pas, c'est comme ça! Ça lui fera les pieds!

 

Quand j'étais à l'école communale, toujours la maîtresse elle me disait : «Pourquoi vous ne faites pas des cours de danse?»

Elle m'avait pas bien regardée, encore une celle-là, elle l'a pas emporté au paradis, parce qu'après, quand je suis sortie, je l'ai revue, elle avait vieilli, on aurait dit un lézard tellement elle était maigre. Quand elle m'a vue elle a voulu me dire bonjour, elle a traversé, moi je suis partie, parce que je ne voulais pas parler à un lézard, c'est la première idée qui m'est venue dans la tête, mais après, je la regardais et puis au fond de la classe, je disais que j'avais mal, c'est une idée comme une autre, elle me faisait sortir, et des fois elle mettait soi-disant gentiment sa main autour de mon cou et puis elle serrait soi-disant gentiment, j'aimais pas, j'aimais pas...

Maintenant je sais ce que ça veut dire, mais avant je ne le savais pas. J'étais petite, je ne savais pas. Chaque fois que j'y pense, ça me fait comme un frisson qui me secoue depuis le ventre jusqu'au sommet du crâne, ça m'arrive souvent. J'y peux rien, elle devait vouloir être gentille, c'est des histoires que les hommes à qui je l'ai expliqué ils n'ont pas compris, je veux dire qu'ils n'ont pas compris bien, ce que ça voulait dire...

 

©Christian Bourgois Editeur 1992

ISBN 2-267-01106-9

 

date de création et distribution de cette pièce

 

Maris' a mezzanotte traduit en italien par Jean-Paul Manganaro

 

 

Retour à la page principale / Page suivante